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  • : Partager autour de la plongée : profonde, épave, spéléo et expéditions.
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CR de notre pointe à Alviela.
134 mètres de profondeurs
50 mètres de « première »
6h40 de temps total de plongée.
 
 
Photos : Barnabé / Alex
Vidéos : Barnabé / Laurent 
 
NDLR : J’ai voulu faire ce compte-rendu pour vous faire par de cette expérience unique d’une plongée hors-norme. On pourra débattre des raisons et des motivations d’une telle plongée. Ce n’est pas l’objet de ce compte-rendu.
 
Plongeurs :
 
Barnabé Moulin (Barbuzard)
barbuzard.over-blog.fr
 
Laurent Petitjean (Nitrox21)
www.nitrox21.com
 
 
Coach (planification, décompression, soutien moral…) :
 
Jérôme Meynié (DrJM)
www.snoopyloop.com
 
 
 
Plongeur d’assistance :
Martin Burgui
 
 
Support Surface :
Alex
Nadège
 
Matériel :
 
Barnabé :
- CCR Ourobouros.
- Scooter Silent-Submersion UV26
- Phare MetalSub
- Combinaison étanche SF Tech
 
 
Laurent :

- CCR Inspiration Vision
- Scooter Silent-Submersion UV18
- Phare Tyllitec.

 
Martin :

- CCR Kiss
- Matériel Cressi.
- Scooter Silent-Submersion UV26
 
Jérôme :

- CCR Ourobouros.
- Scooter Bonex
 
 
 
 
 

Voilà plusieurs mois que le groupe « Tek Around Europe » prépare une semaine au Portugal pour continuer l’exploration de la source d’Alviela, au nord de Lisbonne.
Tek Around Europe

Nous avons fait pour cela de nombreuses plongées ensemble afin de mieux se connaître sous l’eau, de travailler des techniques de « réchap » et aussi pour affiner les préparatifs. C’était des plongées sous-terraines dans le Lot, mais aussi en Bretagne.
 
 

Barnabé et moi arrivons le samedi soir, la route est longue et les voitures chargées au maximum. En effet, nous sommes complètement autonomes en matériel en gaz et avons tout pour le gonflage (compresseur, stick, booster).
Nous avons avec nous, en plus des recycleurs et scooter, des blocs de secours… une bonne dizaine au total.
Jérôme nous rejoindra le lundi, avec encore des blocs à mettre dans l’eau…
 

Nous ne mettons pas moins de deux jours à tout mettre en place dans la grotte. En effet, l’eau est à une cinquantaine de mètres de l’entrée. Une tyrolienne est en place pour nous aider. Il y a pas mal de portage à faire,
dur dur pour le dos. Mais nous ne sommes pas dans une configuration « fond de trou ». Il y a du portage sur 50m mais une échelle et les spéléos Portugais on installé une sorte de ponton pour se mettre à l’eau. Le grand luxe.
Comble du bonheur, on a même installé l’électricité : Éclairage puissant et on peut recharger les scooters sans     les sortir de la grotte !
 
 
La tyrolienne
 
  L’entrée de la grotte
 
  Les aménagements de la mise à l’eau
 

 
Il y a aussi la cloche de décompression à installer. C’est une citerne à eau (d’un mètre cube), avec son armature.
Nous allons la mettre dans l’eau, la positionner dans la galerie vers 12m et la remplir d’air. La pression de l’air
plaque la cloche qui ne bougera pas.
La cloche doit permettre aux plongeurs de pointes de faire une partie des paliers au sec, au chaud et leur permettre également de boire et manger.
 
 

Plusieurs plongées sont faites pour découvrir la galerie, repérer le fil d’Ariane, mettre des flèches pour indiquer le retour et poser des blocs de secours.
 

Des blocs sont posés à 20m, 35m et 45m de profondeur avec les mélanges qui vont bien.
Des flèches sont mises en place à toutes les bifurcations afin de marquer le chemin du retour sans ambiguïté. En effet, cette grotte est un vrai gruyère et cela part dans tous les sens. Il n’est pas question d’avoir des doutes sur le chemin du retour.
 
  La cloche de décompression avant sa mise à l’eau
 
  Pas facile à mettre en place
 

La veille de la plongée de pointe, les derniers préparatifs sont faits :

- Mise en place au niveau de la cloche de tous les blocs nécessaires : Ceux d’oxygène pour la décompression et ceux de trimix pour le « rinçage »
- Passage en revue du matériel 
- Échanges sur le « what if ».
  Le « What If » au restaurant

 
Le « What If » est une technique devant nous permettre d’envisager tout ce qui pourrait arriver au fond et prévoir la réaction à avoir.
- Que faire si un phare tombe en panne ?
- Que faire si un scooter tombe en panne ?
- Qui faire si …
 
L’idée est de ne pas laisser de place à l’improvisation, tout en restant objectif sur les risques et n’envisager que ce qui est possible (on n’a pas de bonne réponse à « que faire si je perds le fil et mon phare et mes lampes de secours et que ma combinaison à un trou… »).
 
Enfin, on regarde une fois de plus la décompression envisagée. Cela fait plusieurs semaines que nous échangeons sur le sujet, que nous faisons tourner des run-time dans tous les sens.
 
Les grands principes sont là :
- END maxi de 25m pour les bail-out.

- PpO2 maxi de 1.1 pour les bail-out. Ceci pour nous permettre de récupérer au mieux en cas d’hyperoxie au fond. - Les blocs de secours sur le fils d’Ariane sont là pour nous permettre une déco rapide : PPO2 de 1.6 au niveau du fil.
- Pas de pic de PpN2 au changement de gaz.
- Nous choisirons un 7/87 comme diluant. Champ d’action important pour la profondeur, beaucoup d’Hélium pour ne pas être narcosé et un peu d’azote pour éviter le SNHP.
 
Il faut dire que ce qu’il y a de perturbant, c’est de ne pas savoir comment continue la suite de la galerie profonde. En effet, lors de sa dernière pointe Jérôme s’est arrêté sur un mur. On ne sait pas si c’est un terminus ou si la galerie continue à droite, si elle remonte, si elle descend… C’est de la vraie première !
 
Nous avons préparé tout cela ensemble.
Je devais être le plongeur de sécurité et attendre le retour de Jérôme et Barnabé vers 50m pour voir si tout est OK.
 

Arrive le jour de la plongée de pointe. Soucis, Jérôme à toujours son rhume et les sinus sont bouchés. Pas possible pour lui de plonger.

Que faire ??? C’est alors qu’on me propose de remplacer Jérôme pour la pointe, d’accompagner Barnabé dans l’exploration…
J’hésite, mais je dis OK.
Changement de mon diluant qui n’était pas prévu pour aller si loin (je devais être le plongeur de sécurité). Je vide ma 3 litres de 10/50 pour la remplir de 7/87.

Notre super station de gonflage
 

On arrive sur place, on se prépare et on part pour explorer cette galerie profonde.
 
  Préparation du matériel
 
  Le « Boris » les tripes à l’air  
 
Là, on y va !
 
Départ au scooter, sans traîner. On reconnaît les passages, les blocs de secours sont toujours là.
De 0 à 50m de profondeur la visibilité n’est pas très bonne (3 à 4m). Mais on passe une bifurcation, et là, d’un coup, plus de 20m de visibilité. Nos phares portent loin, c’est super !
 
Arrive la galerie profonde… On suit le fil laissé par Jérôme les années précédentes. Puis plus de fil. C’est la fin du « connu », le début de la « première » !!!

Le Coach  supervise !


Barnabé accroche son fil et hop, un coup de scooter et on découvre la suite de la galerie. Magique, la visibilité est d’au moins 20m, le profil superbe.
 
Nous sommes à 134m de profondeur et cela fait un moment qu’on est parti (environ 40 minutes), on a du parcourir environ 900m de distance depuis l’entrée.
Malgré les scooters, parcourir une telle distance demande du temps. Mettre en place et poser du fil aussi…
 
Nous avions deux possibilités de faire demi-tour (autre qu’en cas d’incident).
- Arriver à 150m de profondeur.
- Avoir un « TTS » (Time To Surface) des ordinateurs à 300 minutes.
 
C’est ce dernier cas qui nous fera faire demi-tour.
 
 
Là commence une longue, très longue déco.
 
L’avantage de la plongée spéléo, c’est qu’on fait toujours la déco le long d’une paroi où au fond, ce qui est plus confortable qu’en pleine eau accroché à un parachute.
 
Premier stop vers 100m. Ce sera pour nous l’occasion de mettre sur le fil une flèche à David « Tautaz » qui aurait du être avec nous.

Ensuite on remonte doucement en suivant le fil d’Ariane. Nous retrouvons nos flèches. Nous profitons du retour pour récupérer tous les blocs de secours laissé. Nous finissons comme de véritables tankers, heureusement que le scooter est là pour nous traîner.
 
Les paliers s’allongent au fur et à mesure que nous remontons vers la surface. Nous avançons tout doucement.
 
Au bout de 160 minutes de plongée, on arrive enfin à la cloche. Tant mieux, je commence à avoir froid malgré une eau à 18°C. C’est le moment pour nous de poser tous les blocs que nous avions sur nous, les scooters et autre matériel (dévidoirs, caouech…). On se sent plus léger. Ensuite, on prend un des détendeurs accrochés à la cloche et on pose les recycleurs à l’entrée. Et hop, un coup de palme et on se retrouve dans la cloche.
C’est sombre, on prendra nos lampes de secours pour avoir de la lumière. C’est bruyant car nous expirons dans la cloche et le surplus de gaz sort par l’entrée dans des gargouillis.
  Les plongeurs sont dans la cloche  
  Il ne faut pas être tout à fait normal pour partager pendant 3h20 un réservoir à eau d’un mètre cube…
 
  Sortie « extra-cloche » pour prendre l’air…
 
Nous avons 200 minutes à passer dans la cloche à respirer de l’oxygène. 200 minutes dans un mètre-cube, avec Barnabé. On a intérêt à bien s’entendre… ce qui est le cas. Martin notre plongeur de soutien nous apporte nourriture, boisson et un appareil photo pour tuer le temps. Cela fait du bien de manger et boire (barre de céréale, tube énergétique et poudre dans l’eau GO2).
 
Le rythme est calme. On « rince » toutes les 20 minutes afin de soulager nos alvéoles pulmonaires qui subissent une PpO2 de 2.3 bars. Le gaz de rinçage est un 10/60 qui est l’occasion de franche rigolade avec « l’effet Donald Duck » de l’hélium. Les rinçages sont nécessaires, et malgré cela au bout de 3 heures on commence à avoir la gorge irritée et des remontées gastriques… Il faudra remédier à cela pour la prochaine fois.
 
 
 
  Enfin on sort…
 

Le pire sont les 30 dernières minutes :
interminables, insupportables.
Enfin la libération, on se remet dans l’eau, on remet les recycleurs sur le dos en étant très prudent. Cela fait plus de 3h que la machine est en stand-by. On fait bien attention à que la chaux chauffe bien de nouveau et que le CO2 est bien fixé.
 
 Enfin, on se dirige vers la surface à la vitesse de 3 minutes par mètres : 33 minutes tout de même pour remonter de la cloche à la surface. Heureusement que des petites bêtes sont là dans la roche pour nous occuper.
 
Au bout de 400 minutes de plongée, enfin le retour à l’air libre.
 

6h40 de plongée.

C’est super, très supportable dans les conditions que nous avions.
On se déséquipe doucement dans l’eau, ce n’est pas le moment de faire des efforts. Je sors, je pose enfin ma combinaison, une libération tout de même.
 
Je sens une gène au niveau des poumons, Barnabé aussi, comme si nous avions une bronchite. Jérôme nous rassure : c’est tout à fait normal vu le temps passé sous oxygène hyperbare (on est sorti avec un CNS proche de 900% il me semble).
 
On file directement au restaurant d’à coté pour fêter cela :
- Plongée spéléo la plus longue (distance) et la plus profonde du Portugal !!!
 
Après l’effort…  

Remerciement :
- Aux personnes du SPE (Société de Spéléologie Portugaise) pour leur accueil, le gîte mis à notre disposition et nous avoir fait confiance dans cette aventure.
-  A tous ceux qui nous ont soutenu dans cette expédition.
 
Mes réflexions sur cette plongée :
- Le recycleur est vraiment l’outil idéal pour des plongées longues et profondes. Une telle plongée en circuit ouvert n’aurait pas été envisageable avec le même niveau de sécurité.
- Nous avons mis plusieurs semaines à tout préparer, à tout planifier. Ce n’est pas de l’improvisation et toute cette
préparation à permis de plonger serein.
- Je suis surpris de la facilité à supporter 3h20 dans un mètre cube avec un pote. Je savais déjà ne pas être claustrophobe, maintenant j’en suis sûr. - Je n’ai qu’une envie : Refaire, plus loin ? plus long ? Mais surtout en travaillant encore ma configuration, mon matériel, nos solutions de secours afin que ce genre de plongée soit toujours un plaisir.
- Nous n’avons eu aucun incident durant toutes nos plongées, mais restons prudents et vigilants.
 
Nos délires durant les 200 minutes de décompression dans la cloche :



 

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